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SOMMAIRE
1. Les Ateliers
de Gastronomie moléculaire
2. L’intérêt de ces Ateliers
3. Leur méthode
1. Les Ateliers de Gastronomie moléculaire :
Dans le cadre
défini par l’accord de partenariat
signé le 14 mars 2002 entre le Ministre de l’éducation
nationale et le Président de l’INRA, et en accord
avec l’Inspection de l’Education nationale, se tiennent,
dans les diverses académies, des « Journées
de réflexion sur les techniques culinaires ».
Ces Journées visent à rectifier, sur des bases
scientifiques, des erreurs classiquement propagées dans
l’enseignement culinaire.
Ces « Journées » ont souvent pour conclusion
que les professeurs et les élèves des lycées
hôteliers ou de lycées professionnels gagneraient à explorer
expérimentalement et interpréter les tours de main,
pratiques, procédés, dictons culinaires, au lieu
de transmettre sans vérification des informations classiques.
Non seulement, des idées fausses seraient alors corrigées,
mais, de surcroît, les élèves sortiraient
des lycées avec l’idée qu’ils peuvent
explorer, et non seulement répéter.
Au cours de
l’année scolaire 2001-2002, sur la
base du volontariat, René Le Joncour a animé, au
Lycée Jean Quarré, à Paris, le premier « Atelier
de gastronomie moléculaire », en relation avec le « Séminaire
de gastronomie moléculaire » (également mentionné dans
l’accord cadre du 14 mars 2002), où, avec des élèves,
il a testé quelques pratiques culinaires. .
Puis, après des « Journées de réflexion
sur les techniques culinaires », des professeurs de diverses
académies ont décidé de créer leurs
propres Ateliers de gastronomie moléculaire (par exemple,
au Lycée Jean Quarré, au Lycée hôtelier
de Menton, à l’IUFM de Toulouse, au Lycée
Jean Monnet de Limoges, à l’Institut technique d’hôtellerie
du Québec, en Suisse…)
Le 18 octobre 2002, au Palais
de la Découverte, à Paris, s’est tenue la première réunion nationale
des animateurs de tels « Ateliers ». Se sont échangées
des informations sur les structures administratives des ateliers
(APST, Classe à Pac, etc.), sur les protocoles à mettre
en œuvre, sur le fonctionnement du réseau qui facilitera
la mise en œuvre des Ateliers.
Il a été décidé que les protocoles
et résultats seraient transmis par Internet à toutes
les personnes participant au réseau (il suffit d’indiquer
une adresse email) à :
Hervé This - Groupe
INRA de gastronomie moléculaire
Laboratoire de chimie des interactions moléculaires (prof.
Jean-Marie Lehn) -
Collège de France
11 place Marcelin Berthelot -
75005 Paris -
tel : 01 44 27 13 10 ou 06 86 49 89 01
courriel : herve.this@college-de-france.fr
Les
protocoles et feuilles de résultats déjà échangés
figurent à l’adresse Internet :
http://pedagogie.ac-aix-marseille.fr/ecolyc/hotel/resped/cuisine/gastmol/
2. Les Ateliers de gastronomie
moléculaire, à quelle
fin ?
Les Ateliers de gastronomie moléculaire visent l’introduction
de recherche dans l’enseignement culinaire, plus particulièrement
en séances de technologies appliquées, mais également
lors de celles de technologies et de travaux pratiques. Autrement
dit, les connaissances enseignées sont sans cesse testées
et éventuellement révisées. En tout cas,
elles peuvent être discutées.
La recherche modifie à la fois le travail du professeur
et celui de l’élève.
Pour le professeur, elle enrichit l’enseignement de toutes
les découvertes qui sont effectuées au cours des
séances.
Pour les élèves, elles montrent que la connaissance
est en constante évolution, jamais figée, que l’individu
a droit au doute et, surtout, que l’expérimentation
donne les moyens de lever les incertitudes, tout en dégageant
des pistes nouvelles.
Enfin, la recherche donne aux établissements d’enseignement
culinaire (EEC) des moyens de nouer de nouvelles relations avec
le monde professionnel.
La recherche, c’est d’abord une idée générale
: on veut comprendre le monde (ici le monde culinaire), et une
méthode, qui a pour nom la méthode expérimentale
: on observe un phénomène, on établit une
théorie ou l’on fait l’hypothèse d’un
mécanisme qui explique le phénomène, on
fait une expérience pour tester la théorie ou l’hypothèse,
et on perfectionne la théorie ou l’hypothèse,
afin de faire une nouvelle expérience, et ainsi de suite.
Ensuite, la recherche, c’est un état d’esprit
: toute connaissance est testable, révisable, tout savoir
peut être remis en question, mais sur la base solide et
saine de l’expérimentation.
Enfin, la recherche
est une source de questionnement constant.
Les Ateliers de gastronomie
moléculaire donnent aux élèves
:
1. l’esprit de recherche
2. une méthodologie : précision, esprit d’analyse,
recherche bibliographique, recherche des faits justes par la
méthode expérimentale, rigueur
3. présentation et organisation des idées
4. des connaissances : technique, scientifiques, technologiques,
langue, art…
5. un esprit d’équipe.
Les Ateliers de gastronomie
moléculaire apportent aux
enseignants :
1. l’esprit de recherche
2. de nouvelles relations entre les professeurs (notamment sciences
appliquées et cuisine, mais aussi professeurs de salle)
3. de nouvelles relations avec les professionnels locaux (innovations)
4. rénovation des enseignements.
3. La méthodologie des Ateliers de gastronomie moléculaire
Les « Ateliers de gastronomie moléculaire » ont
pour objectif l’introduction d’activités de
recherche dans le cursus des élèves ou étudiants,
et la rénovation de la pratique culinaire, au moyen de
l’exploration expérimentale des techniques culinaires
classiques.
Cette recherche est une spécifique de la cuisine : il
s’agit de tester expérimentalement les dictons,
pratiques ou tours de main qui étaient classiquement transmis
de façon orale ou écrite :
Par exemple :
Est-il vrai que les blancs en neige montent mieux quand on les
fouette toujours dans le même sens ?
Est-il vrai que les haricots verts sont plus verts quand ils
sont cuits sans couvercle ?
Est-il vrai que le sel dans l’eau de cuisson des lentilles
les durcit ?
Est-il vrai que les molécules odorantes entre à cœur
des viandes au cours des braisages ?
Etc.
Pour mettre en œuvre des « ateliers de gastronomie
moléculaire », les professeurs et leurs élèves, éventuellement
en situation de production, doivent avoir identifié un
objectif précis, déterminé un protocole,
et envisagé un dispositif d’évaluation, mesure
ou appréciation sensorielle.
Cette démarche s'inscrit parfaitement dans l'esprit des
séances de technologies appliquées, dont l'objectif
vise l'enseignement d'une cuisine raisonnée. Les travaux
pratiques peuvent être le lieu d'émergence d'interrogations
sur des pratiques et des procédures ou celui de démonstrations
favorisant leur compréhension en vue d'une mise en oeuvre
réussie.
L’objectif :
Les thèmes d’expériences sont en nombre considérable
: depuis une vingtaine d’années, la gastronomie
moléculaire a recueilli quelque 10 000 « précisions » (une
recette, en effet, comporte une partie de définition,
et des précisions ; par exemple, la recette du pot-au-feu
a pour définition de mettre de la viande dans l’eau
et de chauffer, et de nombreuses précisions, relatives
au couvercle, à la façon de chauffer, à la
fraîcheur des viandes, au temps de cuisson…)
Rares sont
les expériences où l’on peut
tester plusieurs questions simultanément : il vaut mieux
plusieurs expériences qu’une seule, mais des interprétations
sans ambiguïté des résultats.
Le protocole :
La science impose la répétition des expériences.
Cette particularité fait la force de l’enseignement,
qui peut, avec des groupes importants d’élèves
ou d’étudiants, mener plusieurs fois la même
expérience.
Le matériel n’est pas nécessairement complexe,
mais les expérimentateurs auront généralement
besoin d’une balance précise au gramme, d’un
thermomètre ou, mieux, d’un thermocouple et, éventuellement,
de bandelettes de mesure du pH et d’un microscope.
A noter que les appareils de mesure devront être étalonnés.
Par exemple, on s’assurera des indications des dispositifs
de mesure de la température en les plongeant successivement
dans la glace fondante (0°C, dans des conditions standard
de pression et au niveau de la mer), puis dans l’eau bouillante
(100°C dans les conditions standard). De même, on pèsera
des objets de masse connue.
A noter que, bien souvent, une comparaison « toutes choses égales
par ailleurs » sera suffisante.
Par exemple, on pourra comparer des haricots verts cuits dans
des casseroles avec ou sans couvercle : dans un tel cas, la même
quantité d’eau, de sel, la même casserole,
le même moyen de chauffage devront être utilisés.
Pour que les protocoles soient bien respectés, on pourra établir, éventuellement
avec les élèves ou étudiants, des fiches
d’expériences, où les gestes seront détaillés
et où figureront des cases pour que les élèves
ou étudiants puissent consigner leurs observations.
L’évaluation
:
L’analyse des expériences effectuées peut
se faire à l’aide d’appareils de mesure simples
: pH, température, masse…
Toutefois, souvent, on devra mettre en œuvre des méthodes
d’analyse sensorielle, ce qui est particulièrement
simple quand une classe entière travaille.
L’analyse sensorielle impose pratiquement la méthode
du test triangulaire. Le protocole et les feuilles de données
de cette méthode sont accessibles sur simple demande (herve.this@college-de-france.fr).
Les valorisations :
Les résultats d’expériences méritent
d’être valorisés. Le réseau des « Ateliers
de gastronomie moléculaire » est un moyen d’échanger
les protocoles et les résultats, les remarques et commentaires
méthodologiques, les photographies d’expériences…
Les sites Internet des établissements d’enseignement
culinaire, également, peuvent être un bon moyen
de faire connaître l’activité de recherche
des établissements où les Ateliers de gastronomie
moléculaire ont lieu.
D’autres possibilités
:
A l’idée de base, qui consiste à tester les
précisions culinaires, se sont ajoutées d’autres
modalités de mise en œuvre des Ateliers de gastronomie
moléculaire. Par exemple, certains professeurs ont utilisé ces
Ateliers pour tester des recettes nouvelles, dans leur principe
(« activité d’innovation »), éventuellement
en compagnie de cuisiniers professionnels. D’autres professeurs
distinguent des séances de « découverte » et
des séances d’ « exploration » : les
premières montrent aux élèves et étudiants
des phénomènes qu’ils ne connaissent pas,
tandis que les secondes sont de la véritable recherche
culinaire.
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